#7 LE REGARD | Le beauf de quelqu’un.e
Sommaire :
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Pologne : où en sont les droits des mères ?
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Dans le rétro : Le “beauf” au cinéma, un stéréotype qui colle aux classes populaires rurales ?
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T’es pas prêt.e 📆
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Au revoir Lélé d’on.suz 😢
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Pologne : où en sont les droits des mères ?
En 2025, la Pologne reste l’un des pays les plus restrictifs d’Europe en matière d’avortement. Nous y sommes allées pour Mothers Without Borders.
L’IVG n’y est autorisée qu’en cas de viol, d’inceste, ou de danger grave pour la vie de la mère. Dans les faits, même ces cas sont presque impossibles : hôpitaux qui refusent, médecins qui retardent, patientes forcées de partir à l’étranger. La Cour européenne des droits de l’homme a encore condamné la Pologne cette année, soulignant des violations graves des droits fondamentaux.
Le 17 décembre, le Parlement européen a approuvé une résolution à large majorité demandant à la Commission européenne de proposer un mécanisme financé par l’UE ( My Voice, My Choice) pour aider les personnes venant de pays où l’avortement est très restreint à se rendre dans un autre État membre pour y accéder gratuitement ou à moindre coût.
L’Europe ne crée pas un “droit à l’avortement”, mais elle peut soutenir l’accès transfrontalier. Comme un premier geste politique, dans un continent où les droits reproductifs sont encore loin d’être harmonisés.
Ça veut dire quoi concrètement ? Cette initiative ne change pas directement les lois nationales des pays comme la Pologne, mais c’est une pression politique et morale certaine car :
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elle reconnaît l’accès à l’avortement comme une question de santé publique et d’égalité dans l’UE,
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elle pousse la Commission européenne à proposer un système de solidarité financière entre États membres.
Cette résolution invite explicitement la Pologne à garantir un accès sûr et légal à l’avortement et à ne plus faire mourir de femmes à cause de l’interdiction stricte de l’IVG. Ce vote ne force donc pas la Pologne à changer ses propres lois nationales, chaque État membre conserve sa compétence sur la réglementation de l’avortement. Ainsi :
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la Pologne n’est pas obligée d’autoriser l’IVG du jour au lendemain du fait de ce vote ;
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c’est une pression politique forte, mais pas une obligation légale immédiate.
C’est tout de même une victoire historique à l’échelle européènne, un travail mené de front par My Voice, My Choice et tant d’autres !
Ce sujet nous concerne toustes parce que les droits des mères, des femmes et des personnes qui avortent ne tiennent jamais tout seuls. Quand un État membre restreint le droit de disposer de son corps, c’est toute l’Europe qui recule :
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plus de grossesses forcées,
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plus de risques médicaux,
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plus d’inégalités économiques,
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plus de pression sur les femmes
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et une citoyenneté européenne à deux vitesses.
Pour notre futur documentaire qui fait l’état de nos démocraties en Europe, cette actualité est un rappel brutal : les droits reproductifs ne sont jamais acquis, ils doivent être défendus, racontés, filmés.
En Pologne, nous avons rencontré 6 personnes (militantes, journalistes, survivantes, médecins…) pour nous parler de la peur, la répression, l’interdiction de disposer de son corps, mais aussi la force clandestine des luttes féministes.
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Dans le rétro : Le “beauf” au cinéma, un stéréotype qui colle aux classes populaires rurales ?
Après avoir lu Ascendant Beauf de Rose Lamy, une question m’a frappée. Et si le cinéma français participait, lui aussi, à fabriquer un certain regard sur les “pauvres”, surtout ruraux ?
Rien n’est anodin :
Depuis quelques années, une vague de films français situés dans les campagnes (En fanfare, Vingt Dieux, La Pampa… et d’autres) met en scène des personnages taiseux, maladroits, qui peuvent semblent parfois “un peu cons”, incapables d’exprimer leurs émotions autrement que par la bourraderie. On retrouve souvent une figure : le mec du coin, brut, peu articulé, mais supposément “authentique”.
Cette représentation colle à ce que Rose Lamy dans son livre : une vision binaire où s’opposent le bon pauvre (celui qui coche les codes attendus par la gauche culturelle) et le mauvais pauvre (perçu comme réac, rustre, voire potentiellement d’extrême droite).
Un stéréotype façonné par le regard dominant ?
Ce qui frappe dans ces films, c’est la récurrence de personnages construits à partir d’un imaginaire souvent urbain et intellectuel de la ruralité.
Dans de nombreux cas, on a l’impression que le personnage rural est :
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celui qui n’a pas les mots
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celui qui ne dit rien parce qu’il ne saurait rien formuler
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celui qui ne pense pas assez, ou mal
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celui qui est guidé par l’instinct plus que par la réflexion
Ce n’est pas toujours volontaire, parfois même bienveillant, mais cela produit un effet : on oppose un “citadin sensible et éduqué” à un “rural primitif mais touchant”, comme si la nuance, la subtilité et l’intelligence émotionnelle étaient des privilèges de classes diplômées.
Comme le rappelle Rose Lamy, le débat ne porte plus seulement sur la lutte sociale ou les conditions de vie, mais sur une hiérarchisation implicite de l’intelligence :
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l’intelligence “rationnelle, verbale, critique” (associée aux villes, aux diplômés, ou simplement à la lecture) vs.
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l’intelligence “simple, instinctive, terrienne” (assignée aux classes populaires rurales).
Les films renforcent souvent cette grille. Pas toujours méchamment. Souvent par habitude, par automatisme culturel.
Alors, est-ce que tous les films dans les campagnes dépeignent ces stéréotypes ?
Non, et c’est important de ne pas essentialiser. Mais oui, la tendance est réelle, surtout dans les comédies rurales, les drames familiaux “à la française”, les récits de “retour au pays”… On y retrouve régulièrement :
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un héros peu loquace
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qui vit une émotion qu’il peine à verbaliser
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face à un personnage extérieur (souvent urbain) plus apte à la communication
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ce qui crée le contraste dramatique ou comique
Cela ne veut pas dire que tous les films le font, mais c’est un trope récurrent, identifiable, presque devenu un code.
Ce que cela raconte vraiment :
Cette représentation fonctionne comme si le cinéma disait : “Les campagnes sont émouvantes mais un peu arriérées ; on les filme avec tendresse, mais on les pense avec condescendance.”
Ce n’est pas qu’un cliché esthétique, c’est un marqueur social. Et c’est exactement ce que Rose Lamy analyse : la manière dont la culture dominante catégorise, explique et simplifie les classes populaires.
Ces films ne sont pas forcément mal intentionnés. Certains sont très beaux, très justes. Mais il est utile de questionner ce qu’ils véhiculent :
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Qui écrit ces personnages ?
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Qui a le droit à la complexité ?
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Pourquoi les classes populaires rurales sont-elles si souvent réduites au mutisme émotionnel ?
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Pourquoi l’intelligence “qui parle bien” serait-elle supérieure à celle qui s’exprime autrement ?
Le “beauf” n’est pas un individu : c’est un regard posé sur lui. Et le cinéma a un rôle immense dans ce regard.
(Et pardon, ça faisait beaucoup de bullet points)
T’es pas prêt.e 📆
Je te suggère de commander un nouvel agenda pour ces fêtes de fin d’année car figure-toi qu’on te prépare un paquet de belles surprises ! Je peux déjà t’en glisser une à l’oreille : le 29 janvier à La Mutinerie (Paris), on diffusera un épisode de L comme Lesbienne, ainsi qu’un épisode d’À l’avant-post. L’occasion de boire une bière (ou une bière sans alcool) et discuter avec les réalisatrices !
Peut-être même que si tu viens, il y aura un code promo à la clé pour un abonnement.. ?
Peut-être qu’on prépare aussi une soirée avec un super collectif… peut-être aussi qu’on discute avec une Fondation très très chouette pour une projection… Alors abonnez-vous à nos réseaux sociaux si ce n’est pas fait ! On vous tiendra au courant de tout.
Pur hasard hein.
Au revoir Lélé d’on.suz
Mes chères ami.es, j’ai le regret de vous annoncer qu’il s’agit de ma dernière newsletter (mais pas la dernière newsletter, rassurez-vous !) ainsi que ma dernière semaine chez on.suzane.
Quand on vous bassine pour soutenir les médias et les maisons indépendantes c’est malheureusement parce que les temps sont durs. Le 31 décembre, nous serons 3 personnes à quitter l’entreprise, le coeur lourd, mais la fougue de lutte intacte !
Soutenir des maisons de production, des médias, des collectifs indépendants, comme on.suzane, qui défend une parole libre et féministe dans un paysage audiovisuel saturé par l’extrême-droite, c’est rejoindre la bataille culturelle.
Ne l’oubliez jamais, on a toustes un rôle à jouer. Merci pour votre fidélité, vous étiez ma commu rêvée. <3
Lélé d’on.suz.
