#2 LE REGARD | Moins de calbutes 🩲
Sommaire :
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Dans le rétro : plus de regards féminins et moins de calbutes
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🔎 La notion : le Test de Bechdel
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🎥 Dans les coulisses : Alice est drôle
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📚 On a lu/vu pour vous Beignets de tomates vertes
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📆 À venir : de nouveaux tournages et une projection 🌳🎥
Dans le rétro : plus de regards et moins de calbutes 🩲
Imagine un monde où tu n’as jamais vu dans un film, un vieux gars qui fait son beau gosse et qui vient prendre la meuf comme sa chose ?
Il y a quelques semaines on a fait ce post ! Et bien là, je vais te parler du Female Gaze, la révolution du regard au cinoche.
Le Female Gaze, concrètement, c’est quoi ?
C’est l’exact opposé du Male Gaze. Là où le regard masculin traditionnel fragmente, sexualise et objectifie le corps féminin, le Female Gaze nous propose quelque chose de complètement différent : il s’intéresse à l’intériorité, aux émotions, au vécu personnel des personnages (et non plus sur les nichons d’une meuf à qui on n’a pas donné de nom de famille… cf. le chapitre suivant).
On va prendre un exemple, où le désir, la sexualité et le corps sont présents pour bien que tu vois : c’est la série Split d’Iris Brey :
Déjà la sexualité entre femmes est bien plus réaliste que dans La vie d’Adèle qui a carrément choqué la communauté des lesbiennes, notamment sur la question de la violence des rapports entre les personnages (on applaudit l’absence d’imaginaire d’Abdellatif Kechiche, pour ne pas citer ses demandes coercitives envers les actrices pendant le tournage).
On va centrer un récit sur l’idée du soin, c’est ce que partage Iris, la réalisatrice, dans une interview : “Je voulait qu’elles prennent soin l’une de l’autre et que l’érotisme découle de ça”
Perso, je trouve ça très beau. (Consent is hot)
Il n’y a pas d’objectification et ça fait du bien. On filme beaucoup les regards, qui suffisent vraiment à ce que le téléspectateur ressente le désir. On a biensûr des scènes de sexes, des vrais bruits et pas juste des cris d’une plateforme de porno pas très éthique. On peut s’identifier à ce qu’on voit, ce qu’on entend, sans honte, et je crois que ce sentiment-là, qu’une scène de sexe puisse être aussi décrite mais aussi peu gênante, c’est ce qui la rend mille fois plus saine.
Il y a aussi la dimension de l’agentivité : à l’écran, l’agentivité, c’est le pouvoir d’action ou de choix du spectateur. En gros, dans un film traditionnel, on va souvent être passif.ve. Le ou la réal nous montre scène après scène, au rythme qu’iel choisit, et dans l’ordre qu’iel choisit. Par exemple, comme ça au hasard, le mec porte la meuf, il la jette sur le lit, s’allonge sur elle, et la relation sexuelle qui suit est tournée pour le plaisir des yeux du réalisateur et de ses congénères masculins. Souvent, la femme se retrouve à poil pendant une éternité après cette scène d’amour et si possible dans des positions suggestives. Un des exemples cités en illustration, c’est la scène de Brigitte Bardot dans le film Le Mépris de Jean-Luc Godar.
Là, dans Split, et dans des oeuvres qui embrassent le female gaze, lea spectateurice devient acteurice de son propre regard. La suggestion apportée dans tous les détails dramaturgiques prend plus de place dans le récit. On respecte l’intériorité des personnages.
On va aborder beaucoup de sujets dits “féminins” comme les règles, le désir de grossesse, la maternité, l’avortement ou la fausse couche, le consentement, le squirt. Et chaque perso, (même le seul personnage homme), a sa place, son espace. Comme le dit Iris, “il n’y pas vraiment de conflits externes entre elleux, mais plutôt internes”.
Aparté : je t’invite à regarder le documentaire autour de la série Split sur le métier des coordinatrices d’intimité qui parle du sujet évoqué plus haut du consentement des acteurices pour des scènes d’intimité.
Comment reconnaître le Female Gaze techniquement ?
D’abord, le tempo : souvent, les plans sont plus longs, les montages moins rapides, l’éclairage plus naturel. On a un focus sur les détails : mains, regards, textures. On est sur l’émotion.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que plus on privilégiera cette approche, plus on intégrera les valeurs qui y sont associées. Et ça c’est tellement essentiel, pour toutes les générations, et pas que pour les femmes !
Le Female Gaze ouvre aussi la voie à d’autres regards : le queer gaze, le black gaze… C’est toute une déconstruction des codes visuels dominants qui se joue.
Plus que jamais, on a besoin de ton soutien :
Comme tu sais, on est en train de tourner les dernières séquences d’À l’avant-post, qui sortira en novembre. Ce film, nous avons choisi de le faire sur nos fonds propres car aucune télévision n’était prête à prendre le risque de parler d’activisme sur instagram. Nous avons besoin de vous pour nous aider sur la post-production en pré-achetant la série documentaire.
🔎 La notion : le Test de Bechdel
Tu connais peut-être le test de Bechdel ? Mais si, rappelle-toi. En 1985, la bédéiste Alison Bechdel, publie La règle, une histoire dans son album Lesbiennes à suivre (bonne reco au passage). Une femme propose un ciné à son amie, qui lui répond qu’elle ne regarde que des films qui répondent à trois critères précis. Résultat, elles finiront par juste aller manger du pop-corn.
Il te suffit de choisir un petit movie et vérifier trois critères pour savoir si celle-ci répond au test de Bechdel. Prenons mon film préféré (ne me jugez pas, je suis née en 93), Bridget Jones (comme je le connais par coeur, je n’aurai pas besoin de revérifier) :
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Il doit y avoir au moins deux femmes nommées (nom/prénom) dans l’œuvre : choquée. Je compte pas mal de femmes, mais je n’ai qu’une deuxième femme nommée dans Bridget Jones 2 (la première étant dans le titre).
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qui parlent ensemble : ouais, quand même.
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et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme : aah bah du coup non. À absolument zéro moment, ça ne tourne pas autour d’un homme.
Vous vous dites sans doute que je suis aussi allée chercher le film le moins engagé de l’histoire du cinoche. Mais ce qui est déconcertant, c’est que non, ce n’est pas si facile d’en trouver qui passe le test.
Il y a même des stats à ce sujet ! D’abord sur le site Bechdel Test Movie List. Sur les 9802 films répertoriés, seulement 57% le passent. C’est heureusement de moins en moins un échec… Voici un graphique (affreux) du même site qui nous en dit un peu plus :
Petit asymétrie flagrante : quand on fait le jeu, 95% des films passeraient le test inversé : deux hommes nommés parlent entre eux, d’autre chose qu’une femme.*
Le test n’est évidemment pas une science exacte. Bien qu’il soit un excellent radar anti-sexiste pour le cinéma, il arrive que certaines œuvres qui échouent au test apportent finalement plus aux représentations – avec un message pédagogique fort – que d’autres qui le passent haut la main.
Ce test a fait des petits ! Il a inspiré tout un tas de mesures féministes intersectionnelles. On a le test DuVernay pour les personnages racisés, le test de Vito Russo pour les personnes LGBTQIA+, et même le test du tunnel des 50 – créé par l’AAFA pour checker la représentation des femmes de plus de 50 ans au cinéma.
🫶 Dans les coulisses : Alice
Dans la série-documentaire À l’avant-post qui sort bientôt, l’équipe a interviewé Alice, qui tient le compte @je.suis.une.sorcière. Judic, la réal, m’a gracieusement (à prononcer avec une voix de bourgeoise), prêté un rush, en ajoutant :
« Alice était HILARANTE ». Occasion sur laquelle j’ai donc sauté à pieds joints, avant de me rappeler qu’à 32 ans, il fallait faire attention à ses genoux.
Je vous présente, si vous ne la connaissez pas déjà, Alice. Sur son profil on peut lire cette phrase qui m’a fait l’aimer immédiatement : islamogaucho selon Damiendu75
Si tu veux pré-acheter la série à prix réduit, ou bien nous aider à la produire (et devenir co-producteurice), ou encore être invité.e à l’avant-première, c’est ici ⬇️
📚 On a lu/vu pour vous Beignets de tomates vertes
J’ai choisi lui parce que c’est monvrai film pref (et que j’adore les beignets).
En gros, on est dans les années 80-90. Evelyn, une femme au foyer en pleine crise de la cinquantaine (avec des air guillemets) rencontre une vieille madame en maison de retraite, Ninny, qui va lui raconter l’histoire d’Idgie et Ruth, deux amies qui tiennent un café dans l’Alabama ségrégationniste des années 30. Et c’est MEGA BIEN.
1. Les héroïnes cassent les codes : c’est une révolte contre système patriarcal. Je ne vais pas vous spoiler mais Idgie est un garçon manqué (komkindisé avant) qui refuse tous les carcans féminins, Evelyn retrouve sa liberté au fil du récit, Ruth se bat pour la sienne. En fait, c’est trois générations de meufs qui refusent de laisser faire.
2. On assiste à un combat intersectionnel avant l’heure Le film aborde frontalement la discrimination raciale. On évoque sans sourciller le Ku Klux Klan des Etats-Unis du Sud, on parle de racisme, de ségrégation, mais aussi de grande précarité, de la conditions des femmes, jusqu’à parfois la dépendance de leur mari. Et surtout, Ninny, une des perso principales, a genre 90 piges quoi, merciiii !
3. Il y a unr relation lesbienne subtilement révolutionnaire : Même si elle reste implicite, Fannie Flagg (l’écrivaine, parce que ça nous vient d’un livre) nous offre une belle relation qui fait du film un incontournable du cinéma lesbien. Pour une fois, ni les meufs ni les relations sont sexualisées, on est sur de la full tendresse. Et c’était révolutionnaire en 91.
4. L’amitié féminine comme force de transformation Le film montre comment les histoires de femmes se transmettent et nous transforment. Ninny redonne vie à Evelyn par ses récits, exactement comme le film nous inspire encore aujourd’hui. Mais surtout, ça a beau toucher des sujets méga durs et sensibles, il y a cette perpétuelle joie de vivre et beaucoup d’humour. Tout est très intelligent.
Inutile de préciser qu’il passe le test Bechdel.
Franchement, dites-m’en des nouvelles <3
À venir : de nouveaux tournages et une projection 🌳🎥
Ce matin-même, je pars à la rencontre de quelqu’un de très chouette au Parc de Belleville. J’emmène avec moi Rose, la cadreuse-monteuse accro au Red Bull. On a grand hâte de t’en dire un peu plus… C’est mystérieux tout autant que détestable ? Oui. De rien.
Mais sinon, il reste des places pour la projection de Mon Capital, le 15 septembre à 18h45 à La Cité Audacieuse, à Paris.
Tu peux t’inscrire sur ce formulaire :
N’hésite pas à nous aimer, parce que j’ai besoin d’amour et que c’est mon anniversaire lundi prochain (et comme cadeau, je veux un pré-achat ou un abonnement) 🎁
Lélé d’on.suz !
