#6 LE REGARD | Les femmes dans l’ombre
Sommaire :
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Dans le rétro : Pourquoi tant de mères sont filmées en contre-jour ?
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Dans les coulisses : retours sur l’avant-première d’À l’avant-post !
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On a vu pour vous Homelessly in love
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Ça part en campagne Ulule : Mothers Without Borders !
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Dans le rétro : Pourquoi tant de mères sont filmées en contre-jour ?
Le contre-jour n’est pas qu’un choix esthétique : il dit quelque chose politiquement.
Les films et les séries conçus sur la théorie du male gaze (tu sais, selon un regard masculin), construisent l’image des femmes comme des objets visuels : et celle des mères n’y échappe pas. Pour les mères, on parle même de « maternel emptiness », ou le vide maternel. On les « vide » de leur subjectivité. En plus clair, on les représente en retrait, dans la pénombre, parfois floues, de manière à capter leur présence, plus que leur personne. Tu vois ce que je veux dire ? Voyons quelques exemples :
Maintenant, pourquoi c’est politique ?
(Et oui, tout est politique, c’est moi la relou qui casse l’ambiance aux repas de famille.)
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Car filmer une mère en contre-jour, c’est en partie l’effacer visuellement : lumière qui « dissout » les traits, la présence, la puissance. Son personnage est moins lisible.
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On joue presque sur la mystification : la mère devient une icône, pas une personne.
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C’est souvent une façon de matérialiser la défaillance, mais c’est aussi un stéréotype très répandu : quand une mère « ne remplit pas son rôle », l’image la punit.
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Et d’ailleurs, à quoi bon écrire la complexité d’un personnage quand la lumière raconte sa disparition ?
Les mères deviennent souvent des figures de mystère, de douceur fatiguée, de souffrance silencieuse. Le problème avec cette représentation maternelle, c’est qu’elle façonne notre regard en nous habituant à voir les mères comme naturellement effacées, patientes et silencieuses. Dont les complexités, les traumatismes, les pensées sont effacées.
Maintenant, comme toujours, il faut garder en tête que la photographie d’un film ou d’une série doit avant tout servir le récit. Rien ne sert de tout mettre à la poubelle. L’important, c’est d’utiliser ce contre-jour intelligemment. Une série qui s’est d’ailleurs emparée du concept avec brio : The handmaid’s tale. Tu vois comme June Osborne accapare l’écran, sans un mot, dans la pénombre toute la saison 1 ? Maintenant compare avec les saisons suivantes. Ici, on a utilisé la fameuse « maternel emptiness » pour servir le récit et libérer son personnage.
Dans les coulisses : retours sur l’avant-première d’À l’avant-post
Notre nouvelle série-documentaire À l’avant-post est désormais disponible sur notre site internet. Dans le pack, vous achetez aussi les 19 interviews intégrales des intervenant.es : un ensemble de contenus indispensable pour comprendre tous les enjeux féministes actuels sur les réseaux sociaux et pour aller plus loin que la série. Mais surtout parce que la partie la plus dure du montage était de couper tellement tout le monde était intéressant.e.
Cette avant-première était particulièrement touchante. Cette série nous tenait à cœur car elle résonne avec force dans le contexte actuel et porte un message essentiel : ensemble, nous sommes plus fort.es. Elle nous rappelle que, même face aux silences et aux difficultés, chacun.e de nous a le pouvoir d’agir et de faire évoluer les choses.
Ce projet a vu le jour grâce à un financement collectif (un autofinancement ainsi que vos contributions par le biais des pré-achats), parce qu’il aborde des sujets qui comptent, mais parfois dérangeants, quand bien même ils sont nécessaires.
Votre soutien est toujours précieux : parlez-en autour de vous, partagez, achetez la série et toutes les interviews intégrales, faites vivre ce message.
Un immense merci à toustes les intervenant.es, celleux qui ont soutenu le projet financièrement et celleux qui nous accompagnent depuis le début.
On repart le cœur rempli d’amour, de gratitude et d’énergie pour la suite !
On a vu pour vous Homelessly in love
Cette semaine, j’ai eu la chance de voir Homelessly in love, un documentaire long-métrage de Lalita Clozel et Ariane Mohseni Sadjadi. Il sort le 26 novembre, et si vous avez l’opportunité de le voir, faites-le. Je vous explique pourquoi :
Dès les premières secondes, Homelessly in Love m’a happée dans une Amérique “vraie”. Une DA chaude, un grain Polaroïd, des cafés isolés au bord des routes… Tout est là : la beauté et la rudesse d’un pays où tout peut basculer.
Ce documentaire suit trois femmes sans-abri qui, dans l’Amérique de Trump, tentent de se réinventer : Alyssa, Michelle et Lorraine. Cinq ans de tournage qui créé une immersion où la confiance et la vulnérabilité circulent dans les deux sens.
Quand tu vis dehors, même des gestes simples deviennent un luxe. Lorraine le dit : “The only thing you have is ideas, never the money.” Être à la rue, ce n’est pas seulement ne plus avoir de toit : c’est ne plus pouvoir être soi-même. Ne pas pouvoir cuisiner comme on aime. Ne pas se coiffer comme on voudrait. Ne pas pouvoir choisir d’être pleinement la femme qu’on est, souvent au risque de se mettre en danger. Avec Freddie, son compagnon, il y a de l’amour, des chamailleries, des mots parfois durs, mais une tendresse aussi qui dépasse le jugement.
La partie consacrée à Michelle est l’une des plus déchirantes, mais peut-être celle qui porte le plus d’espoir. D’une relation instable à la révélation d’un passé violent, on accompagne cette prise de conscience, avec un grand respect de l’intime. Et vous savez à quel point on tient à l’éthique du documentariste chez on.suzane. On en a même fait une masterclass…
Alyssa traverse le film avec une énergie que j’adore : mère célibataire, amoureuse, en survie, avec un handicap invisible. Comment loger des enfants quand on ne peut déjà pas se loger soi-même ? Comment on fait quand on ne nous a pas aimé correctement ? Elle marque le documentaire par la réappropriation de soi et c’est très fort.
Homelessly in Love c’est un grand oui. Parce qu’il réhumanise, parce qu’il réchauffe, et qu’il casse la politique de l’indifférence.
Ça part en campagne Ulule : Mothers Without Borders !
Nous lançons cette campagne Ulule pour finaliser notre futur film : le montage, la musique, les sous-titres dans les quatre langues et la diffusion internationale !
Mothers Without Borders explore la maternité à travers les frontières géographiques, culturelles et politiques, en suivant le regard croisé d’Eve et Sarah, deux femmes qui interrogent ce que signifie devenir mère dans un monde qui exige constamment plus des femmes. De la France à l’Italie, du poids du “réarmement démographique” aux violences gynécologiques, du mythe de la mère parfaite aux récits de précarité, le film dévoile des réalités intimes et systémiques. Entre archives politiques, confidences audio, rencontres avec des mères et des expertes, il révèle un combat universel : celui de créer une maternité libre, choisie, et possible. Un voyage sensible et politique au cœur de ce que nos sociétés attendent — et exigent — des mères.
Soutenir Mothers Without Borders, c’est rejoindre une aventure humaine et politique portée par des femmes qui filment depuis des années la maternité autrement, loin des clichés, avec soin, colère et amour.
C’est aussi soutenir une maison de production indépendante, on.suzane, qui défend une parole libre et féministe dans le paysage audiovisuel saturé par l’extrême-droite.
Une contribution (avec contrepartie), un partage, le lien de la campagne en story, bouche-à-oreille, on prend TOUTES les aides possibles !
Ce n’est qu’un au revoir
Mes belles colombes, les temps sont durs pour tout le monde, mais rappelez-vous que nous sommes très nombreux.ses, qu’ensemble, nous avons gagné plein de batailles. Alors allumez la radio, augmentez le volume, levez votre tasse de thé ou du café, et célébrons-nous ! Dansez cher.es ami.es, parce que nos luttes passent aussi par nos joies 🔥
PS : J’ai appris que Rose, la cadreuse / monteuse ne lisait pas ma newsletter on.suzane. Si vous tombez sur ces mots, merci de l’interpeller dans un commentaire insta d’un de nos derniers posts.
Lélé d’on.suz,
la folle dingo du bus.
