#4 LE REGARD | On prend un café ?
Sommaire :
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Dans le rétro : les archétypes à l’écran, ce qu’ils disent de nous
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🎥 Dans les coulisses : avec Camille Aumont-Carnel
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📚 On a vu pour vous Soeurs
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🔎 La notion : le fridging
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Dans le rétro : les archétypes à l’écran, ce qu’ils disent de nous
Heureusement que certain·es prennent le temps de démonter les mécaniques bien huilées de la fiction télé et ciné ! Eh oui, nos comportements, nos désirs, nos rapports aux autres… ne tombent pas du ciel. Ils se construisent, petit à petit, à partir de ce qu’on voit autour de nous. Ça commence avec la famille, les copain·es, l’école… mais il y a des acteurs aux pouvoirs redoutables : la télé, le cinéma, les médias. Ce sont des machines à fabriquer des normes. Et ce qu’on voit à l’écran a une vraie influence sur la manière dont on imagine et mène nos vies.
Juliette Todisco entre en scène
C’est exactement ce que montre Juliette Todisco (@macho.boulot.dodo) dans CINEMASCU, une série produite par Crush Production. Chaque épisode est une plongée savoureuse (et un peu glaçante) dans un archétype sexiste du 7e art. Juliette y incarne des personnages féminins taillés sur mesure par et pour le male gaze. C’est drôle, fin, grinçant – et sacrément utile.
La saison 1 est entièrement dédiée aux représentations des femmes à l’écran (pour une fois qu’on passe en prem’s). Dans le 1er épisode, on retrouve par exemple la femme fatale. Mais si vous savez, cette dangereuse séductrice, croqueuse d’homme, vénale et manipulatrice ? Vous entendrez aussi parler de la bimbo, blonde, pulpeuse et naïve, c’est la femme objet par excellence. Ou encore de la lolita, la figure littéraire sulfureuse et incomprise, qui est pourtant le fruit d’une culture de la pédocriminalité. Et au fond, ces personnages nous posent une question essentielle : d’où viennent ces images ? Comment ont-elles évolué ? Et surtout, qui les déconstruit aujourd’hui ?
On a prit un café à emporter pour en parler !
Le temps d’un (très) grand thermos de café, on a parlé du poids de ces archétypes féminins, masculins, et des relations établies entres elleux. L’occasion pour nous de reparler de nos séries d’ado préférées, comme Skins, How I met your mother ou Les frères Scott. Si tu n’as personne avec qui boire ton café, tourne ton téléphone et écoute ça :
Pourquoi ces décryptages sont cruciaux
Ce n’est pas juste du divertissement. C’est de l’éducation. Quand on baigne toute une vie dans des récits où les femmes sont passives, sexualisées ou reléguées au second rôle, on finit par croire que c’est « normal ». Que c’est « la nature ». Et c’est là que la fiction devient politique. Décrypter ces archétypes, c’est résister. C’est prendre conscience. C’est redonner du sens à ce qu’on voit. C’est créer de l’espace pour d’autres récits, plus justes, plus libres, plus représentatifs.
Et si on veut changer la société, il faut commencer par changer les histoires qu’on raconte. Vous ne croyez pas ?
🫶 Dans les coulisses : avec Camille Aumont-Carnel
Vous la connaissez peut-être sous le pseudo de @jemenbatsleclito ? Pour notre futur documentaire À l’avant-post (qui sortira le 19 novembreeeee sur la plateforme) nous avons rencontré Camille Aumont Carnel, militante féministe, autrice et entrepreneuse. Parmi les pionnières de la déconstruction des tabous autour du corps et de la sexualité féminine, ses punchlines ont marqué toute une génération.
Dans cet extrait, tiré de son interview intégrale tournée à @thehoxtonhotel, on a évoqué la question de la vulgarité, comme réponse aux violences sexistes, mais surtout comme arme mentale au quotidien, un langage brut qui accueille la rage et la met à distance.
Plus que jamais, on a besoin de ton soutien financier :
À l’avant-post sortira le 19 novembre sur notre plateforme ! Ce film, nous avons choisi de le faire sur nos fonds propres. Nous avons besoin de vous pour nous aider sur la post-production en pré-achetant la série documentaire. Et elle est à prix réduit :
📚 On a vu pour vous Soeurs, journal d’une reconstruction
On ne va pas y aller par quatre chemin, le documentaire Soeurs, journal d’une reconstruction, réalisé par Julia Zahar est bouleversant.
Suite à un événement traumatique survenu lors d’un long voyage de 6 mois en Inde en 2020, Elena, la petite sœur de Julia plonge dans une violente dépression. Pendant quatre ans, Julia documente au caméscope son chemin de reconstruction. Ce projet explore la santé mentale à travers le prisme de l’intime et de la sororité.
J’ai été chamboulée de toutes parts. D’abord parce que j’ai grandi avec une soeur aussi. Je ne connais que trop et je ressens profondément ce lien qui unit Julia et Elena : une relation bilatérale, intime, indicible. Un vieil amour, solide et tenace, né aux prémices de deux vies et qui ne faiblit jamais.
Dans cette captation à la fois pudique et bouleversante, Julia filme sa sœur, sa dépression, ses idées noires, mais aussi sa reconstruction, ses rechutes. Elle les ponctue avec les archives de leur enfance, deux petites filles créatives, pleine de vie. Pour une fois, ce n’est pas la fiction qui s’empare du sujet de la santé mentale, de la peur et du courage de l’entourage, du sentiment d’impuissance, de la détresse, du besoin de prise en charge, du long chemin sinueux vers la relève. C’est le réel, brutal, fragile, et infiniment humain.
Ce documentaire m’a touchée aussi par sa démarche. Julia raconte que filmer ces années au caméscope était pour elle une manière de mettre une barrière entre la maladie de sa sœur et elle. Comme un bouclier.
Et c’est peut-être ça aussi, faire du documentaire : raconter pour ne plus cacher, se taire pour apprendre à écouter, donner la parole pour regagner de la force.
🔎 La notion : le fridging
On aurait préféré que ce soit juste une histoire de réfrigérateur. Mais au cinoche, le fridging est un tournant narratif qui refroidit vraiment. (Et oui, nous aussi on sait faire des jeux de mots déplacés comme les médias tradi).
Le “Fridging” c’est quand un personnage féminin subit du tort (violences, mort, trauma) uniquement pour motiver le héros masculin à agir. Elle n’existe que pour son histoire à lui.
L’expression a été inventée en 1999 par la scénariste Gail Simone, suite à un épisode de la BD Green Lantern où le héros retrouve sa petite amie morte et découpée dans son réfrigérateur par un ennemi. Elle réalise que ces situations ne sont pas des cas isolés et tient un blog pour répertorier les oeuvres de la culture populaire concernées.
Prenons The Dark Knight (2008) par exemple. Dans ce film, le Joker tue Rachel, la gow de Bruce Wayne, et la laisse pour morte dans un piège. Cela pousse Bruce à prendre des décisions difficiles, et la mort de Rachel sert à motiver son personnage et à renforcer le thème du sacrifice. Cependant, Rachel n’a aucun rôle réel en dehors de son destin tragique.
Ou notre bon vieux John Wick ? La femme de Johnny meurt d’une maladie. Peu après, le chiot qu’elle lui avait offert avant de mourir est tué par des voyous (perso, j’arrête les films à ce moment-là parce que mon coeur n’est pas assez solide ). La mort de la femme (et du chien – au même niveau) ne sert qu’à motiver John et déclencher sa vengeance sanglante. On ne connaît presque rien d’elle, elle existe uniquement pour justifier l’action du héros.
Ça paraît clair, mais récapitulons :
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Les femmes ne sont plus des personnages à part entière, mais de simples outils narratifs.
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Leur douleur est éclipsée par les états d’âme du héros masculin.
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Le message implicite est qu’elles n’existent que pour faire avancer l’histoire des hommes.
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Privées de choix et d’autonomie, elles perdent aussi leur humanité.
Nota bene pour les blockbustereurs :
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Partager les conséquences : le trauma ne doit pas tourner autour d’un seul perso : tous doivent ressentir, réagir, évoluer.
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Donner un vrai arc aux femmes : comme avoir des objectifs, des conflits, des victoires — pas juste d’être des éléments déclencheurs.
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Changer la dynamique : et si c’était lui qui disparaissait ? Ou si personne ne mourait, tout simplement ?
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Créer des relations équilibrées : des personnages qui s’influencent mutuellement, pas qui servent l’un à faire briller l’autre.
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Penser l’histoire comme un ensemble : pas juste “le héros et son drame”, mais une narration où chacun.e compte.
C’est fini pour aujourd’hui, mais…
On te remercie toujours et encore d’être à nos côtés, de nous soutenir, de parler de nous autour de toi. Sache qu’en ces temps compliqués, les producteurices indépendant.es ont vraiment besoin de ton aide, qu’elle soit financière ou qu’elle relève du bouche à oreille. Alors merci d’être là :
Coeur sur toi.
Lélé d’on.suz !

