#3 LE REGARD | L’éthique du spectaculaire
Sommaire :
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Les récits qu’on ne voyait pas à l’écran. Jusqu’à maintenant.
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Dans le rétro : quand le harcèlement devient un spectacle
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🎥 Dans les coulisses : avec Estelle Depris
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📚 On a vu pour vous Empathie
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📆 À venir : une projection au Crédit Municipal de Paris 🎥
Les récits qu’on ne voyait pas à l’écran. Jusqu’à maintenant.
Anouck et moi avons travaillé sur un showreel on.suzane, pour mettre en avant notre catalogue mais avant tout, nos valeurs et nos ambitions. N’hésite pas à nous dire ce que tu en penses en commentaire ou à t’abonner pour nous soutenir. On a une énorme promo en cours et les 7 premiers jours sont gratuits !
Dans le rétro : quand le harcèlement devient un spectacle
Aujourd’hui, on te parle d’une production documentaire très problématique, voire à boycotter, pour qu’on ne reproduise pas des contenus similaires.
Ça s’appelle Unknown number (je ne mets volontairement pas le lien), c’est dispo sur Netflix depuis peu. Pendant plus d’un an, l’adolescente Lauryn Licari et son petit ami reçoivent des messages anonymes violents, grotesques, menaçants. L’enquête révèle un.e coupable inattendu.e. Mais la réal du documentaire a choisit des angles très problématiques.
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Unknown number utilise des reconstitutions dans lesquelles les personnes impliquées jouent leur propre rôle devant la caméra.
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Ces reconstitutions, les ralentis, les plans “atmosphériques” (couloirs de lycée, chambres sombres avec téléphone) accentuent un effet dramatique sensationnel plutôt que réflexif.
À quel moment la caméra cesse d’observer pour devenir actrice du récit traumatique des victimes ?
Le moment central du documentaire est la révélation de lae harceleureuse.
Mais cette révélation est traitée comme un rebondissement de thriller — un “plot twist” qui est mis en avant de manière spectaculaire, comme une clé narrative, on transforme la douleur en “coup de théâtre”.
Le documentaire vient ensuite donner une place centrale à cette personne pour s’expliquer. Alors oui, ça peut être un angle très intéressant, mais ici, on vient effacer complètement les victimes MINEURES, de leur parole à leurs émotions. Et sans contre-poids critique, on peut même y percevoir un gros manque de responsabilité quand à la prévention du cyberharcèlement.
Le problème :
Le sujet du cyberharcèlement, qui aurait dû être le cœur du film — ses mécanismes, ses effets, les responsabilités collectives — est exploré de façon superficielle. Le documentaire s’éparpille dans le drame familial et psychologique.
Les documentaires ont une responsabilité éthique et morale !
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instrumentaliser les victimes et les transformer en pupitres dramatiques
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privilégier le rebondissement narratif au détriment de l’écoute
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donner la parole à l’agresseur dans un format quasi “justificatif”
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reléguer le débat éthique et social sur le cyberharcèlement à la périphérie
C’est un exemple troublant de comment l’angle d’un format documentaire “true crime” peut glisser vers l’exploitation du trauma.
Sauf qu’encore une fois…
… des géants de la production, avec des budgets colossaux, choisissent de miser sur le sensationnel plutôt que de produire un récit utile à la communauté. Pendant ce temps, des boîtes indépendantes qui se battent pour traiter ces sujets avec justesse et profondeur sont écartées, jugées “trop dures” ou “trop engagées” (wink wink genre nous, PAR EXEMPLE).
En termes de représentations et de prévention, ce déséquilibre est non seulement injuste, mais aussi dangereux.
Notre masterclass :
Comme tu sais, chez on.suzane, on a une vraie volonté de donner la parole à celleux qu’on tait et à représenter ce qu’on ne montre pas à la télévision. Et comme on sait qu’on est très nombreux.ses à ressentir ce même besoin, Judicaëlle Perrot a décidé de nous concocter une masterclass sur l’écriture documentaire ! À travers 4 épisodes, on aborde la posture du documentariste, l’éthique et la responsabilité morale.
L’idée, c’est aussi de montrer ce qu’on peut accomplir seul.e ou avec peu de moyens, parce qu’on sait bien que l’argent et le matériel peuvent être une vraie source de stress quand on se lance dans le documentaire.
• Épisode 1 : Le développement
Comment trouver son angle, faire ses recherches, et quelles sont les bonnes questions à se poser à ce stade de l’écriture ?
• Épisode 2 : La préparation
Ou “l’enquête”, comment repérer les bons profils, faire les meilleurs choix et préparer les interviews ?
• Épisode 3 : Le tournage
On en parle sous l’angle de la narration. On évoquera un peu la technique, mais surtout la posture à adopter en tant qu’intervieweuse et de la manière de travailler en tant que réalisatrice sur le terrain.
• Épisode 4 : Le montage
Comment réussir à réorganiser toute cette matière, gérer le vertige de se retrouver face à 25 heures de rushes ? Voire 50 si tu as un peu trop filmé…comme certaines personnes de notre équipe (c’est Ève)
🫶 Dans les coulisses : Estelle Depris
Dans la série-documentaire À l’avant-post qui sort bientôt, l’équipe est partie en Belgique rencontrer la fabuleuse qui tient le compte instagram @sansblancderien. Estelle est consultante, conférencière et formatrice, mais aussi autrice de Mécanique du privilège blanc, aux éditions Binge Audio et nous a parlé de la posture et de l’engagement des allié.es blanc.hes antiracistes.
Il est plus que temps pour ces allié.es d’aller au delà d’un engagement représentatif (j’entends par là, liker et partager des posts qui parlent d’antiracisme). En tant que femme blanche, je me demande souvent comment agir, comment casser cette chaîne de privilèges dont je suis l’héritière. On doit faire plus, et comme Estelle l’explique très bien, on ne peut plus être un.e réel.le allié.e sans trahir notre blanchité, sans tourner le dos à nos privilèges blancs.
Pour aller plus loin, vous pouvez aussi lire Charge raciale : vertige d’un silence écrasant de Douce Dibondo, que nous avions interrogé lors d’un grand entretien, sur l’antiracisme en 5 épisodes (entièrement gratuit avec un abonnement découverte) :
Plus que jamais, on a besoin de ton soutien financier:
À l’avant-post sortira en novembre ! Ce film, nous avons choisi de le faire sur nos fonds propres car aucune télévision n’était prête à prendre le risque de parler d’activisme sur instagram. Nous avons besoin de vous pour nous aider sur la post-production en pré-achetant la série documentaire. Et elle est à prix réduit :
📚 On a vu pour vous Empathie
Enfin, merci, une série qui parle du monde de la psychiatrie sans en faire un film d’épouvante. Pourquoi on vous conseille série ? On vous explique :
(Bon, en vrai, si ça va bof en ce moment, attendez un peu, mais vraiment pas trop non plus)
Empathie, c’est une série québécoise disponible sur MyCanal, en 10 épisodes, écrite par Florence Longpré (énorme resta) , avec l’humoriste, acteur et réalisateur français Thomas Ngijol. On est sur une création dramatique qui plonge dans le monde de la psychiatrie, via Suzanne Bien-Aimé, psychiatre, sortant d’une longue pause professionnelle, et Mortimer, agent d’intervention à l’institut Mont-Royal.
Dans cette série, on assume le fait que les institutions psychiatriques manquent d’effectifs (et surtout d’effectifs bien formés) et de moyens financiers, que la surmédicalisation des patients est une issue fréquente en réponse à un non-diagnostic, mais surtout que derrière un malade il y a un humain.
Le rôle du silence : Suzanne, qui soigne les autres tout en étant elle-même très fragile, est une figure qui rend visible ce qu’on vit souvent en silence. Ce double rôle (soignant + patient en reconstruction) permet de comprendre toute la complexité.
C’est vrai que c’est un peu sombre, mais elle apporte un nouveau souffle à la télé. L’humour vient casser le pathos, un peu comme à l’anglaise, les doutes et les failles des perso ouvrent des portes aux petites victoires. Le dialogue, l’écoute, la compréhension et le témoignage sont au centre du récit. Et alors, je me permets mais chapeau à Thomas Ngijol qui est méga bon (surtout aux côtés de Florence Longpré 🫶)
Pour les réalisateurices inspiré.es : Si la thématique parle aux ancien.nes Terminales L – option cinoche, voici quelques pistes de travail :
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Montrer des personnes qui n’ont pas accès à un accompagnement
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Parler en profondeur des alternatives non-médicamenteuses
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Centrer un récit sur une personne malade sans faire mettre son trauma ou son symptôme au centre
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Parler du rôle de l’environnement social dans la maladie mentale.
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Donner une visibilité aux travailleureuses du soin psychiatrique.
Perso, ce que j’en retiens : cette série rappelle que la maladie mentale n’est pas “ailleurs”. Elle montre des parcours faits de souffrance et de fragilité, mais aussi de résilience. Elle ouvre un espace d’empathie et de compréhension rare, qui peut aider les personnes concernées à se sentir moins seules, informer celles qui ne connaissent pas, et questionner celles qui jugent.
Après, je ne suis pas très objective avec tout ce qui est en rapport avec le Québec, j’avoue <3
D’ailleurs en parlant de représentations… on va très très vite sortir une longue interview sur le sujet sur Youtube, c’est le moment de t’abonner à notre chaîne :
À venir : une projection Mon Capital 🎥
Rendez-vous le 14 octobre à 18h au Crédit Municipal de Paris, au 55 Rue des Francs Bourgeois, 75004 Paris ! On vous attend nombreux.ses, n’hésitez pas à faire passer le message et d’inviter vos ami.es et votre famille 🫶
Tu peux t’inscrire sur ce formulaire :
Que te dire avant de te quitter, si ce n’est cette citation méga inutile de Henri Duvernois (un ancien surement très problématique comme tous les autres) : “Tout pourrait être mieux, mais tout pourrait être plus mal. Donc tout est bien ! ”
Lélé d’on.suz !

